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Les jeunes sont-ils de plus en plus misogynes?

« Les femmes c’est à la cuisine. » Oui, c’est une phrase commune qu’on peut entendre dans des classes d’écoles primaires et secondaires. Aussi choquant que ça puisse être, ce n’est qu’une phrase parmi tant d’autres commentaires de plus en plus fréquents chez les jeunes. 64 % des Canadiens se disent inquiets des contenus misogynes qui montent en popularité sur les réseaux sociaux. Évidemment, ce genre de publications est consommé par la génération Z et on en remarque déjà les impacts. Même si les consommateurs de ce contenu et les tenants de certains propos prétendent qu’ils sont dits en blagues, ça m’apporte tout de même à me questionner si nous ne sommes pas un peu en train de perdre nos efforts acquis pour contrer la misogynie, en partie, à cause du contenu en question.


J’ai moi-même fait des recherches sur ces fameuses publications pour en découvrir la nature. Ces TikToks ou « Reals » sont souvent de courts extraits pour promouvoir des podcasts. Malgré que ces vidéos peuvent faire de 20 à 45 secondes en général, c’est assez pour comprendre la gravité du sujet et à quel point notre génération a un accès de première classe à des idées complètement dépassées qui font tranquillement leur chemin dans les têtes des jeunes. Certains commentaires dits par les jeunes repris de l’idéologie des « mâles alpha » et tolérés comme des blagues peuvent évidemment représenter un réel enjeu à long terme. 


Pour creuser un peu plus, j’ai interrogé 2 membres du personnel du Collège. Mme Mireille Hajjar, enseignante de CCQ, ainsi que Mme Gabrielle Tremblay, sexologue et intervenante en relation d’aide à l’élève. Elles travaillent tous les jours avec des adolescents et discutent avec eux de sujets qui touchent, de près ou de loin, les inégalités et injustices entre hommes et femmes.


Mme Hajjar:


« Je pense que les jeunes ont gagné une certaine confiance, car ils ont plus l’opportunité de s’exprimer sur les réseaux en ayant une fausse impression d’anonymat. Donc, c’est sûr que certains jeunes se sentent “protégés” par cela et plus libres de partager des commentaires misogynes sans conséquences. Dans mes classes, un phénomène récurrent que je remarque est que certains gars voient les femmes comme une faiblesse. Et que, pour eux, la féminité n’a pas sa place lorsque tu es un “vrai homme”. J’ai déjà entendu un gars dire à un autre “t’es une fille” comme une insulte. Et c’est sûr que plus ces commentaires du genre sont dits, plus ils sont normalisés et cette idéologie est propagée auprès d’autres garçons qui veulent se mêler au groupe. »


Avec Mme Gabrielle Tremblay, nous avons discuté de certaines situations qui peuvent être plus ou moins confortables lorsqu’un gars et une fille sont en fréquentation, en « flirt » et qui peut mener à certains commentaires déplacés.


« Parfois, lorsqu’un gars est en train de parler avec une fille, on peut entendre ses amis dire “Il est en train de chasser”. Mais c’est important de se mettre dans la tête que la femme n’est pas une proie ni un but à atteindre. Et parfois, c’est vraiment amené en blague avec insouciance et il faut juste déconstruire les raccourcis cognitifs qu’on fait au niveau verbal. On oublie que ça peut aussi apporter une pression aux garçons comme s’ils étaient forcés de parler à des filles et à entreprendre une relation amoureuse. Il y a des gars que ça n’intéresse pas, mais il y a tout de même une pression des pairs pour s’intégrer au groupe. Donc, à ce moment-là, on vient réduire la femme, mais l’homme ne se sent pas mieux non plus. Il faut se rappeler que le patriarcat, oui c’est une efface pour les femmes, mais c’en est une pour les hommes également. On oublie que toutes les valeurs liées à la masculinité traditionnelle comme, ne pas exprimer ses émotions, ne pas paraître vulnérable, ça punit les hommes aussi donc on ne s’en sort pas. »


J’ai également interrogé deux élèves de 3e secondaire sur la question.


« Je pense que beaucoup de gars voient les filles comme des personnes plus vulnérables et se sentent vraiment plus à l’aise de faire des commentaires déplacés. Selon moi, il y a plusieurs facteurs qui expliquent cela. Une des principales causes est sûrement simplement le fait qu’on est au secondaire et qu’on n’a pas atteint un certain niveau de maturité pour associer nos valeurs et nos paroles et que les gens ne savent pas trop où se situer. Pendant longtemps, le sexisme était très présent, on a fait beaucoup de chemin, mais j’ai la forte impression que ça revient. »



« Personnellement, je pense que la génération Z devient de moins en moins misogyne. Nous sommes rendus à un point de changement de société où les hommes ne tiennent presque plus de propos misogynes. Il est fort probable que la prévention de la part de la nouvelle société ait causé une certaine responsabilité aux garçons. Il est pour moi psychologiquement impossible de devoir être haineux ou être en désaccord avec quelqu’un, car elle est une femme. Ce n’est pas un concept qui m’a été appris. Encore une fois, je crois que beaucoup de stéréotypes restent dans la tête de tout le monde. J’ai encore l’impression d’être surpris quand je vois une fille jouer au hockey, mais contrairement à ce qu’on peut croire, c’est une bonne nouvelle que tout le monde puisse cohabiter dans des activités qui ont déjà été réservées aux garçons. Donc non, je ne pense pas que la génération Z soit en train de regagner l’idéologie misogyne. Peut-être que pour d’autres personnes la situation est différente, mais moi je vois un gros changement. »


Au-delà de parler d’eux, j’ai aussi voulu aller à la rencontre de certains garçons du Collège. Malheureusement, ou heureusement, aucun d’entre eux n’a voulu valider ces informations, car, aucun gars de 3e secondaire n’a voulu me dire en face qu’ils supportent ce genre de propos.


En gros, on n’a vraiment pas fini d’entendre parler de misogynie, de sexisme, de masculinisme. Ce sont des sujets si larges où les opinions sont si variées, mais il est selon moi d’une importance capitale de continuer d’en discuter avec les jeunes, peu importe où ils se situent par rapport à cela. Faire avancer les choses, ce n’est pas toujours crier pour prouver qu’on a raison. C’est aussi être capable d’écouter d’autres points de vue que le sien et de cohabiter avec. Et ça, c’est quelque chose que ma génération arrive bien à faire donc je ne suis pas inquiète. Pour conclure, je cite 2 élèves de 3e secondaire, Élodie Da-Costa et Olivia Brousseau qui ont dit « Le féminisme, ce n’est pas contre les hommes, mais contre la société qui demande aux femmes d’être parfaites et aux hommes de ne pas exprimer leurs émotions. Alors, il vaut mieux en rire, parce que si on ne rit pas, on explose. Et si on explose, quelqu’un va nous demander ; coudonc, as-tu tes règles ? ».


 
 
 

1 commentaire


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il y a 3 jours

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Blogue étudiant du Collège Reine-Marie

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